Le difficile rapatriement des naufragés français du Covid-19

aéroport attente

Le lundi 16 mars 2020, Emmanuel Macron a annoncé le confinement mis en place dès le lendemain en France. Désormais, les Français doivent rester chez eux, sous peine de sanction, à moins de justifier d’un déplacement nécessaire.

Suite à cette annonce, l’inquiétude des Français se trouvant à l’étranger s’est faite ressentir. Touristes français et ressortissants français résidant à l’étranger se sont, pour la plupart, tournés vers les ambassades des pays où ils se trouvaient afin de leur demander de l’aide pour rentrer en France.

Le vendredi 20 mars 2020, le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian annonçait que 130 000 Français actuellement en voyage à l’étranger souhaitaient être rapatriés. Celui-ci déclarait : « La question la plus difficile, ce sont ceux qui sont de passage à l’étranger, en voyage, généralement pour des vacances et qui sont aujourd’hui comptabilisés, de l’ordre de 130.000 sur l’ensemble de la planète »

Toutefois, l’annulation de la majorité des vols internationaux et la fermeture de leurs frontières par de nombreux pays posent des difficultés. Face à cela, les pays doivent coopérer entre eux et avec les compagnies aériennes. Même si Air France assure la majorité des vols de rapatriement des Français, d’autres compagnies sont aussi sollicitées. C’est le cas de la compagnie Qatar Airways par exemple.

L’organisation du rapatriement des Français présents à l’étranger

Au 8 avril, il restait près de 5 000  touristes français toujours à l’étranger attendant d’être rapatriés. Alors que les aéroports et les frontières ferment à tour de rôle, des solutions doivent être trouvées dans les meilleurs délais. Le rapatriement des Français est devenu un véritable casse-tête pour les consulats et ambassades. Par exemple à Lima, l’aéroport civil a fermé ses portes. Il a fallu faire ouvrir l’aéroport militaire afin de pouvoir rapatrier les Français présents sur le sol péruvien.

En Inde, l’ambassade de France s’organise et négocie avec les compagnies aériennes afin de mettre en place des vols spéciaux de rapatriement, l’aéroport de Delhi n’acceptant plus de vols commerciaux.

Une opération «  quasi militaire » afin de récupérer les derniers Français coincés est alors lancée. C’est une course contre la montre pour les rapatrier en France.

Le lundi 30 mars, Air France a opéré un premier vol spécial de rapatriement au départ de New Delhi en direction de la France.

Éclairages de l’Ambassadeur de France en Inde

Emmanuel Lenain, Ambassadeur de France en Inde répond à nos questions à propos des opérations «  quasi militaires » de rapatriement des citoyens Français concernés.

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Emmanuel Lenain, Ambassadeur de France en Inde

RetardVol : Quelles sont les compagnies aériennes qui assurent ces vols de rapatriement des passagers ?

Emmanuel Lenain : face au contexte actuel d’urgence, nous acceptons l’aide de toute compagnie qui acceptera d’assurer des vols de rapatriements.

À ce jour, Air France, Qatar Airways et Air India sont les acteurs majeurs du rapatriement des Français depuis l’Inde.

Toutefois, il faut souligner une réelle collaboration européenne. Cette entente permet de remplir les avions en direction de pays européens si ces derniers ne sont pas pleins.

Par exemple, l’Allemagne a organisé un vol de rapatriement depuis Calcutta vers l’Allemagne avec la Lufthansa. L’appareil n’était pas plein. Nous avons donc contacté l’Allemagne et avons réussi à faire monter 30 passagers français dans cet avion. En revanche, une fois en Allemagne, ces Français doivent se débrouiller eux même pour atteindre la France.

RV : Combien de vols ont déjà été effectué ?

EL : l’Inde a tout d’abord refusé les vols en provenance des pays les plus touchés par le coronavirus tels que l’Iran, l’Italie, la Corée du Sud, puis la France. Mais depuis environ trois semaines, plus aucun vol commercial n’est autorisé, quel que soit le pays dans le monde.

Cette coupure brutale a entraîné des difficultés pour notamment les nombreux touristes français qui se sont vus refuser l’accès aux hôtels et restaurants sur place. L’urgence des rapatriements est alors devenue indéniable.

Le premier vol spécial de rapatriement a été assuré lundi 30 mars par Air France. L’appareil a décollé de New Delhi avec à son bord 450 touristes français.

Mercredi 1er avril, un nouveau vol de rapatriement a été effectué, cette fois par la compagnie Qatar Airways, depuis Chennai avec à son bord 250 touristes français. Ces derniers sont passés par Doha avant de regagner la France.

Jeudi 2 avril, Air France a assuré un nouveau vol spécial de rapatriement au départ de Delhi avec 250 passagers à bord.

Enfin, ce samedi 4 avril, c’est Air India qui a assuré une nouvelle opération de rapatriement de français vers la France. L’appareil a décollé de Cochin pour se rendre à Bangalore pour récupérer des Français puis Bombay pour en récupérer d’autres pour enfin effectuer un vol direct de Bombay jusqu’à Paris.

La priorité pour l’ambassade de France est de rapatrier tous les touristes français présents sur le territoire indien.

Effectivement, la ligne gouvernementale mise en place est de faire respecter la priorité du rapatriement des touristes. Les expatriés eux, ne sont pas prioritaires. Sauf s’ils présentent des difficultés ou problèmes de santé.

Lors du dernier vol spécial depuis Delhi, seuls 250 touristes sont montés dans l’avion. Air France a pu donc ouvrir le reste des places à la vente auprès d’expatriés qui souhaitaient rentrer en France.  

RV: qui paie les billets d’avion ?

EL : à ce jour, les vols spéciaux de rapatriements, ne sont pas gratuits pour les passagers. Nous avons toutefois négocié un prix fixe et très raisonnable avec Air France. Le billet en classe économique a été fixé à 560€.

Toutefois, l’Etat s’engage à régler un complément par billet afin d’aider Air France sans que les passagers aient à payer plus que 560€. Car en effet, le prix d’un billet Inde – France en temps normal n’est pas de 560€. Le prix a été fixé afin que les Français rapatriés ne soient pas contraints de payer des sommes abusives. Concernant les compagnies Qatar Airways et Air India, nous avons négocié le prix du billet à 450€ en économie. La France s’engage là aussi, à payer à ces compagnies une somme complémentaire.

Combien reste-t-il de français à rapatrier ?

EL : au départ, les touristes Français à rapatrier étaient au nombre de 130.000 dans le monde entier. Aujourd’hui près de 5.000 patientent encore avant de pouvoir rentrer en France, dont 200 qui se trouvent toujours sur le territoire Indien. Toutefois, près de la moitié de ces derniers ne souhaitent pas forcément rentrer sur le territoire français

Pour certains encore sur le territoire indien qui souhaitent rentrer dans leur pays, les solutions de rapatriement sont plus compliquées. Par exemple, un Français souhaite rentrer à l’Île Maurice et pas en métropole. Il faut donc trouver un vol en direction de l’Île Maurice dans lequel celui-ci pourra embarquer, occasion qui ne s’est pour l’instant pas présentée.

Les entreprises commencent aussi à encourager leurs salariés présents sur le territoire indien à rentrer en France. Ces derniers s’ajouteront donc au nombre de Français qui restent à rapatrier.

Nous souhaitons rapatrier les touristes Français car ils seront mieux soignés sur le territoire français. Le système médical en Inde est précaire, il y a un manque cruel de respirateurs.


Plafonnement des prix des vols

Un «  dispositif global » a été mis en place avec Air France, Transavia et le ministre chargé des transports Jean-Baptiste Djebarri. Ce plan a pour objectif de rapatrier dans les meilleurs délais les Français toujours bloqués à l’étranger.

Malgré la coopération de certaines compagnies, d’autres proposent des billets vers la France à prix abusif. Le ministre de l’Europe et des Affaires Etrangères Jean-Yves Le Drian a donc mis en garde ces compagnies qui n’ont pas joué le jeu : «on les connaît, on ne les oubliera pas dans l’après-crise pour leur conduite dans cette période et leur volonté de spéculer sur le malheur des uns et des autres ».

Concernant le prix des billets, l’État demande aux compagnies aériennes de proposer des billets à « prix modérés ». Cela implique alors d’imposer aux entreprises de laisser de côté leur  système d’intelligence artificielle qui gère habituellement et automatiquement la fixation des prix en fonction de l’offre et de la demande (« yield management » ou « dynamic pricing« ).

Concernant Air France, compagnie en premier plan dans le cadre de rapatriement indique avoir instauré un système de prix plafonné. En Europe les billets “retour” ne peuvent excéder 250€. Pour les longs courriers ne doivent en principe pas excéder 600€, 1000€ en premium économie, et 1500€ en business.

La compagnie Alitalia applique aussi ce système de tarif plafonné. Le prix d’un aller simple est limité à 200 euros en classe” éco” et 300 en business.

D’autres compagnies en revanche ne plafonnent pas les prix, c’est le cas notamment de la Lufthansa.

Qatar Airways assure de son côté de nombreux rapatriements. La compagnie apparaît être l’un des acteurs majeurs contribuant au rapatriement des Français. Toutefois, nombreux sont les passagers qui ont dénoncé une hausse très importante des prix des billets à propos des vols commerciaux qui avaient été proposés. Par exemple, un couple de Français indiquait à Business Insider avoir été contraint de payer 3.600€ pour rentrer de Nouvelle-Zélande en passant par Doha, avec la compagnie Qatar Airways.

Dans un récent communiqué, le Sénat a salué la manière dont ont été rapatriés 120.000 Français bloqués à l’étranger par la crise actuelle. Ils ont été ramenés de 140 pays différents en une dizaine de jours. Toutefois, le Sénat dénombre encore 7.000 Français, dont les cas, plus problématiques, restent à traiter. 

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