Crise Covid-19 : quelles sont les compagnies risquant de faire faillite ?

Article mis à jour le 18/05/2020 à 9h30

La pandémie actuelle a provoqué l’interruption d’une très grande majorité du transport aérien, et donc une chute vertigineuse du nombre de vols. En conséquence, les compagnies aériennes sont menacées : elles ne gagnent plus d’argent, mais continuent d’en brûler afin de rester à flot. La première compagnie à disparaître a été la britannique Flybe, qui est passée en redressement judiciaire dès février 2020. D’autres ont suivi, et il est malheureusement possible que la liste de compagnies en faillite s’allonge. 

Quelles sont les compagnies les plus solides ?

Les compagnies les plus susceptibles de surmonter la crise actuelle sont les compagnies nationales, ou legacy airlines. Celles-ci ont historiquement été fondées et développées par les États afin de développer le transport aérien. Même lorsqu’elles ont été privatisées, ceux-ci gardent habituellement un certain contrôle ou du moins quelques parts dans les compagnies nationales. Surtout, les États soutiennent presque sans limite ces grandes compagnies historiques. Voici quelques exemples de legacy airlines qui bénéficient ou devrait très bientôt bénéficier d’une telle aide étatique :

  • Air Baltic : l’État Letton a accordé une aide de plus de 200 millions d’euros à la compagnie ;
  • Air France : l’État Français lui accorde une aide d’un montant total de 7 milliards d’euros ;
  • Alitalia : l’État Italien va nationaliser la compagnie à partir de juin 2020 ;
  • Iberia : l’État Espagnol a accordé un prêt de 750 milliers d’euros à la compagnie ;
  • KLM : l’État Néerlandais lui accorde une aide de 2 à 4 milliards d’euros ;
  • Lufthansa : après d’intenses négociations, la compagnie pourrait bénéficier d’une aide de plus de 9 milliards d’euros de l’État Allemand. Une première proposition du gouvernement a été refusée par la compagnie, mais un accord n’est pas hors de portée.
  • Norwegian : l’État Norvégien a déjà accordé une aide de plus de 25 millions d’euros à la compagnie, un montant auquel devrait bientôt s’ajouter 250 millions d’euros ;
  • Scandinavian Airlines System : l’État Suédois a accordé une aide de 137 millions d’euros ;
  • Aeroflot : l’État Russie a accordé une aide d’environ 3,7 millions d’euros à la compagnie ;
  • American Airlines : la compagnie doit recevoir une aide de 12 milliards de dollars de l’État Américain ;
  • Delta Airlines : l’État Américain a accepté d’aider la compagnie ;
  • United Airlines : l’État Américain a accepté d’aider la compagnie ;
  • SWISS : l’État Suisse a accordé une aide de plus de 1,4 milliards d’euros à la compagnie ;

D’autres legacy airlines sont actuellement en négociation avec les gouvernements de l’État où elles siègent afin d’obtenir des aides. Il est peu probable que ces négociations échouent et que les compagnies disparaissent. Il s’agit par exemple des compagnies :

D’autres compagnies nationales semblent en bonne position, sans avoir pour le moment demandé d’aide étatique. Si besoin est, elles en bénéficieront très probablement, et sans grandes négociations. Il s’agit notamment de British Airways, Aegean Airlines, Emirates, Etihad ou encore Turkish Airlines. De manière globale, la probabilité qu’une compagnie nationale survive à la crise est très élevée. Ceci se fera par contre très probablement au prix de plans de licenciement drastiques, nécessitant le licenciement de plusieurs milliers de salariés, comme c’est déjà le cas chez British Airways et Aer Lingus notamment.

En Europe, il existe quelques compagnies qui ne sont pas des legacy mais qui ont pour le moment toutes les chances de survivre : il s’agit surtout de Ryanair, Easyjet et WizzAir. Ces compagnies, bien que low cost et par nature privatisées, font partie des compagnies les plus rentables au monde. En conséquence, elles disposent d’une trésorerie qui leur permet de faire face aux plus durs moments de la crise. 

Toutes ces compagnies paraissent donc être les plus à même de survivre, et il n’est pas déconseillé de réserver un vol à bord de leurs appareils eut égard au soutien dont elles bénéficient ou bénéficieront le moment

Quelles sont les compagnies les plus à risques ?

Certaines compagnies ont déjà jeté l’éponge, telles que Flybe, South African Aiways, et Virgin Australia. D’autres semblent sur le point de couler, telle que l’irlandaise Cityjet. Il faut noter que d’autres compagnies naîtront probablement pour remplacer celles qui ont disparues. En Afrique du Sud, une nouvelle compagnie devrait bientôt remplacer South African Airways. Attention cependant : les réservations valables sur une compagnie en faillite ne seront pas valables sur celle qui la remplacera.

Récemment, c’est la compagnie Air Mauritius qui a été placée en redressement judiciaire. Celle-ci n’a pas stoppé ses opérations, mais il est fortement déconseillé de réserver un vol à bord de la compagnie pour le moment. 

Afin de surmonter la crise sur le court terme, l’objectif pour toutes les compagnies est de conserver une trésorerie suffisante qui leur permette de s’acquitter de leurs dettes et de ne pas être en faillite.  C’est pourquoi une grande majorité de compagnies demandent une aide financière aux États. Habituellement, cette aide étatique concerne principalement les legacy airlines. Pourtant, exceptionnellement, de nombreux États semblent prêts à assister de plus petites compagnies privées, parfois concentrées sur le transport régional. Ainsi, l’État Allemand a accepté d’aider la compagnie Condor, plus petite que sa sœur Lufthansa, pour 500 millions d’euros. En France, l’État semble disposé à aider la compagnie Corsair, à condition que les actionnaires de celle-ci acceptent de « faire leur part du chemin« . Attention : cela signifie que Corsair n’est pas sortie d’affaire, car sa situation ne lui permet pas de bénéficier de la même aide qu’Air France. D’autre part, les actionnaires de Corsair sont eux-mêmes en mauvaise posture. Rien n’est encore donc gagné pour la compagnie française. Du côté d’Air Austral, bonne nouvelle : il a été annoncé qu’un accord entre la compagnie, son actionnaire principal et l’État pour obtenir une aide de 86 millions d’euros. En Espagne, c’est la compagnie Vueling qui semble temporairement sauvée, avec une aide de 260 millions d’euros accordée par l’État. 

Il est indéniable que les plus petites compagnies sont celles qui sont le plus menacées. Il s’agit de compagnies telles qu’Air Caraïbes, ASL Airlines, Air Corsica, French Bee, Twin Jet, Air Nostrum, Blue Air, LEVEL, Volotea, Smartwings, Eurowings, et d’autres.

Sans davantages de certitudes, il semble donc risqué de réserver des vols à bord des appareils de ces compagnies. Certes, les États semblent disposer à aider le plus de compagnies possibles. Toutefois, il n’y a pas assez d’argent pour toutes, et une aide peut servir à survivre à la crise mais pas à se relancer. Un risque de faillite pèsera donc quoi qu’il en soit sur ces compagnies.

La procédure en cas de faillite de la compagnie

Il existe différentes procédures lorsqu’une compagnie se retrouve en situation de cessation des paiements. Le problème est qu’elles dépendent largement du droit de l’État dans laquelle la compagnie qui fait faillite a son siège. 

Un point reste commun à la majorité de ces droits : en cas de faillite, tous les créanciers des compagnies cherchent à récupérer le montant qui leur est dû, ou au moins une partie de cet argent. Les passagers sont également des créanciers, au même titre qu’une banque qui a accordé un prêt à la compagnie ou au salarié de la compagnie qui doit toucher sa rémunération. Pour les passagers, la plupart du temps, il s’agira de récupérer l’argent déboursé pour réserver un vol qui a été annulé. Il peut également s’agir d’une indemnisation qui n’a pas encore été payée par la compagnie. 

Ces différents créanciers sont organisés selon un certain ordre qui leur donne ou non le droit d’être payés avant un autre. Les premiers créanciers auront plus de chance de récupérer leur montant que les derniers. Or, les passagers d’une compagnie en faillite sont à la fin de cet ordre. Ce sont des créanciers « chirographaires« , qui ne détiennent aucun privilège, aucun droit d’être payés avant un autre. Le résultat : les passagers ont malheureusement peu d’espoir de récupérer leur argent…

N’abandonnez pas tout de suite cependant ! En France, il existe trois principales procédures pour une entreprise en difficulté : la procédure de sauvegarde, le redressement judiciaire, et enfin la liquidation judiciaire. Des trois, c’est la liquidation qui signifie que la compagnie va disparaître. Il existe un point commun entre ces procédures : lorsqu’elles sont entamées, les créanciers ont un certain délai pour déclarer leur créance à la personne chargée de la procédure (le mandataire judiciaire dans les deux premiers cas, ou le liquidateur en cas de liquidation). Sans cette déclaration, vous ne pourrez pas obtenir de remboursement.

Comment faire la déclaration de créances ?

En cas de faillite d’une compagnie étrangère, il conviendra de se renseigner afin d’obtenir les coordonnées du mandataire ou du liquidateur responsable de la gestion de la compagnie en difficulté ou vouée à disparaître. Il faudra également s’informer du délai pour déclarer la créance, qui dépend du droit national.

En cas de faillite d’une compagnie française, il existe un délai de 2 mois à compter de la publication du jugement d’ouverture de la procédure collective dans lequel les créanciers doivent déclarer leurs créances au mandataire ou au liquidateur. Les coordonnées de celui-ci seront rendues publiques juste après que soit rendu le jugement ouvrant la procédure choisie. 

Concernant la déclaration elle-même, celle-ci doit être formalisée par écrit et mentionner de façon non équivoque la volonté d’obtenir sa créance. Toute créance déclarée doit être certifiée sincère par le créancier et doit être justifiée. Certaines mentions sont obligatoires :

  • Le montant de la créance due au jour du jugement d’ouverture ;
  • Si la créance est en monnaie étrangère, la conversion en euros selon le cours du change à la date du jugement d’ouverture ;
  • Si vous avez engagé une instance, toujours en cours, contre la compagnie en vue du remboursement ou du paiement d’une indemnisation : l’indication de la juridiction saisie ;

Vous pouvez vous-même faire la déclaration, ou choisir un mandataire pour vous représenter et le faire en votre nom. Le greffe du Tribunal de commerce de Paris a publié un modèle de déclaration de créances pour vous aider. Vous pouvez simplifier ce modèle, car à moins d’avoir mis en demeure la compagnie par exemple, vous n’avez à effectuer de calcul des intérêts de retard du paiement. 

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